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De villes en métropoles |
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S'informer : le dossier
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à l'article. Les brèves publiées
en rapport avec le dossier (flèches vertes)
s'ouvrent en "nouvelle fenêtre".
Culture et régénération urbaine : le cas de Glasgow (Fabien Jeannier)
Des territoires métropolitains à l'heure de l'économie de la connaissance : Nantes et Sarrebruck, études comparées (Jacques Fache, Marion Gobin)
Tôkyô, métropole japonaise en mouvement perpétuel
(Natacha Aveline)
Caracas, entre métropolisation et fragmentation urbaine
(Virginie Baby-Collin et Emiliano Zapata)
Défis de la métropolisation
: gouvernance urbaine et durabilité
(Béatrice Bochet et Giuseppe Pini)
Métropoles
et innovation (Richard Shearmur)
Dans
un dossier consacré à la Chine (nouvelle
fenêtre) : Les divisions de la ville à
Shanghai - les mots de la croissance métropolitaine (Christian Henriot et Zheng Zu'an)
Articles indépendants de ce dossier (nouvelles fenêtres)
Les mobilités quotidiennes à Londres : aspects, impacts et régulations (Manuel Appert)
Buenos Aires, ou les territoires de la récupér-action (Marie-Noëlle Carré)
Défis
de la métropolisation : gouvernance urbaine
et durabilité
(Béatrice Bochet et Giuseppe Pini)
La
gouvernance de systèmes complexes,
fragmentés et interdépendants
Les systèmes
complexes que sont devenus les métropoles
contemporaines supposent l'adaptation
des structures de gestion et de pilotage
qui les gouvernent. Les transgressions
territoriales, déjà observées
dans les dynamiques d'urbanisation du
passé, sont amplifiées.
Katia Horber-Papazian (bibliographie ci-dessous)
observe : "(...) les problèmes
sont d'abord relatifs aux effets de débordement,
la commune-centre offrant des prestations
dont les communes environnantes bénéficient
sans pour autant accepter d'en assumer
les charges. Dans tous les cas, la question
de la remise en cause des limites existantes
de l'espace de l'action publique et des
critères qui y président
sont à l'ordre du jour".
Il faudra donc définir de nouvelles
modalités de gouvernance pour ces
"objets territoriaux nouvellement
identifiés". Une perspective
analytique permet d'aborder la gouvernance
comme une modalité d'action qui
tantôt remplace, tantôt complète
le modèle gouvernemental traditionnel,
de nature hiérarchique, par des
logiques coopératives à
partir d'un constat de pluralisation des
modes de gouvernement et des acteurs responsables
des décisions. C'est une manière
de poser le débat théorique
gouvernement / gouvernance et de son corollaire
relatif à la place de l'État
dans la production et la mise en œuvre
des politiques.
Dans ce sens, l'analyse par la gouvernance
permet de renverser la perspective classique
des politiques publiques qui, dans une
conception très stato-centrée,
attribuait aux seuls acteurs institutionnels
la compétence de produire des politiques
publiques. Elle lui substitue une perspective
a priori plus ouverte : la notion de gouvernance
permet de "désinstitutionnaliser"
l'analyse des politiques publiques en
ouvrant la focale sur l'ensemble des acteurs
qui participent à la construction
et au traitement des problèmes
collectifs.
Ainsi comprise, la gouvernance, selon
G. Stoker (bibliographie), "conteste
les présupposés traditionnels
qui font du gouvernement une institution
isolée, séparée des
forces sociales plus larges". Par
extension, la notion de gouvernance peut
être étendue à tout
système ou organisation (privée
ou publique) qui rencontre des problèmes
de pilotage ou de gouvernabilité
dans un environnement complexe et qui
répond à ces problèmes
par le développement de mécanismes
de coordination pour faciliter l'action
et son acceptation.
Cet enjeu de gouvernabilité est
absolument capital et se retrouve dans
la plupart des courants d'analyse de la
gouvernance, de l'entreprise (corporate
gouvernance) au système mondial
(global gouvernance) en passant
par les cités - métropoles.
L'analyse est renouvelée sous l'angle
de l'élaboration et de la mise
en œuvre des politiques dans des sociétés
/ systèmes toujours plus complexes,
parce que fragmentés et interdépendants.
D'après un texte de Jean-Philippe
Leresche paru dans "Vues sur la ville",
publication de l'Observatoire universitaire
de la Ville et du Développement
durable - Institut de Géographie
- Université de Lausanne - Juin
2002 - www.unil.ch/igul/
Formes
urbaines et mobilité : quelles
stratégies pour un développement
urbain durable ?
Les
métropoles sont très concrètement
confrontées aux phénomènes
d'étalement et de fragmentation
urbaine. Développement de centres
commerciaux périphériques,
multiplication des centres de loisirs,
extension des zones d'activités,
recherche d'un habitat individuel, conduisent
à une dispersion consommatrice
de sol et génératrice de
déplacements.
Quelles politiques d'aménagement
adopter pour y faire face ? Plusieurs
écoles s'affrontent parmi lesquelles
partisans et adversaires à la "ville
compacte".
D'un côté donc, les
partisans de la ville compacte pour
qui un haut degré de compacité
(densité élevée),
sous ses différentes formes, réduit
le nombre de déplacements en voiture
et la distance parcourue. La forte densité
de la ville compacte permet de limiter
la consommation du sol à travers
des stratégies variées :
réhabilitations, rénovations
et requalifications urbaines. La forte
utilisation des transports publics dans
la ville compacte limite et remplace le
trafic des véhicules privés,
responsables de congestion, de pollutions
et d'accidents. La proximité et
la diversité des fonctions offertes
par la ville permettent l'utilisation
du vélo et de la marche à
pied comme moyens de transport pour accéder
aux facilités locales d'où
une dépendance plus faible envers
la voiture. L'étude sur l'agglomération
milanaise de R. Camagni (bibliographie
ci-dessous) confirme le rôle favorable
exercé par la densité sur
l'utilisation des transports publics dans
les déplacements pendulaires et
sur la durée moyenne des parcours
en transports publics.
Pour d'autres auteurs, favorables
à la ville étalée,
la ville compacte n'a pas fait ses preuves puisqu'aucune étude décisive
n'a mis en lumière les coûts
directs et indirects de cette concentration.
La concentration de plusieurs millions
d'habitants et de toutes les activités
économiques dans une ville concentrée
peut conduire à de graves problèmes
de congestion et pourrait contrarier les
objectifs écologiques de la sauvegarde
de l'environnement et des économies
d'énergie. Différents auteurs
ont déconstruit la relation causale
entre une haute densité urbaine
et une réduction des déplacements.
En travaillant de manière détaillée
sur les économies spécifiques
des différents scénarios
de densification, Peter Newton (bibliographie)
trouve des bénéfices dans
la concentration urbaine en termes d'énergie
mais ils ne sont pas uniquement confinés
dans la ville-centre, ils sont aussi réalisables
dans des zones à haute densité
de l'agglomération, tels que des
corridors ou des noyaux concentriques.
La conclusion de D. Simmonds et D. Coombe
(bibliographie) est que la concentration
n'est pas suffisante en soi : la stratégie
de "densification", pour Bristol
par exemple, n'a pas eu les effets escomptés
sur le trafic. Le lien de causalité
est peut-être alors dû à
d'autres paramètres : la localisation
de l'habitat en relation avec les opportunités
de travail par exemple.
Entre les partisans de la ville compacte
et ceux de la ville étalée,
un consensus se dessinerait autour
d'un modèle polynucléaire
dans lequel les fonctions habituellement
concentrées dans le centre principal
sont dispersées dans plusieurs
autres sous-centres reliés par
des infrastructures de transports publics
performantes. C'est le principe sur lequel
se base le "nouvel urbanisme"
qui met l'accent sur le rôle de
la forme urbaine dans la gestion des modes
de transport. Dans ce courant, les villes
fonctionneraient mieux lorsqu'elles offrent
des transports publics qui les relient
à des banlieues à densité
relativement élevée avec
une occupation des sols mixte.
Ainsi, l'option la plus partagée
par certains chercheurs, dans les expériences
les plus récentes sur la densification,
est le renforcement d'un modèle
polycentrique en réseau, avec diversification
de sous-centres desservis par des transports
publics performants.
En conclusion, il est impératif
de considérer les liens entre densification,
mixité, formes urbaines et mobilité
afin que les acteurs urbains favorisent,
d'une part, des dynamiques spatiales générant
des modalités de développement
durable, et élaborent, d'autre
part, une politique des déplacements
stimulant ces mêmes dynamiques spatiales.
D'après
un texte de Béatrice Bochet et
Giuseppe Pini, paru dans "Vues sur
la ville", publication de l'Observatoire
universitaire de la Ville et du Développement
durable - Institut de Géographie
- Université de Lausanne - Octobre
2002 - www.unil.ch/igul/
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|
En
complément sur Géoconfluences,
le
glossaire : économies, déséconomies
d'agglomération, gouvernance urbaine,
métropolisation, densités
urbaines, etc.
Références
bibliographiques,
publications
- Berroir S. - Concentration et polarisation
: vers une nouvelle organisation des espaces
urbanisés. Étude comparative
des grandes villes françaises -
Thèse de doctorat - 1998
- Camagni R. ; Gibelli M. - Développement
urbain durable : quatre métropoles
européennes à l'heure de l'épreuve
- Datar - Editions de l'aube - 1997
- Camagni R. et al. - Formes urbaines
et mobilité : les coûts collectifs
des différents types d'extension
urbaine dans l'agglomération milanaise
- Revue d'économie régionale
et urbaine, n° 1, 2002
- Haughton G. ; Hunter, C. - The sustainable
cities - Jessica Kinglsey Publishers
- 1996
- Horber-Papazian Katia - L'espace local
en mutation - Presses polytechniques
universitaires romandes - 2001
- Jenks M. et al. - The compact city
: a sustainable urban form ? - Spon
- 1996
- Jenks M. et al. - Achieving a sustainable
urban form - Spon - 2000
- Julien P. - La métropolarisation
des actifs structure le territoire -
Économie et Statistique - n°
290 - 1995
- Lacour C. ; Puissant S. - La métropolisation
- Economica - 2000
- Leresche J.P. (dir.) - Gouvernance
locale, coopération et légitimité.
Le cas suisse dans une perspective comparée
- Pedone - 2001
- Newton P. - Urban form and environmental
performance in Jenks, M., op. cit.
- Saez G. ; Leresche J.P. ; Bassand M. -
Gouvernance métropolitaine et
transfrontalière - Editions
L'Harmattan - 1997
- Simmonds D. ; Coombe D. - The transport
implications of alternative urban forms
in Jenks, M. , op. cit.
- Stoker G. - Cinq propositions pour
une théorie de la gouvernance - Revue
internationale des sciences sociales -
n° 155 - 1998
Des
ressources pour compléter
- Par l'Institut de Géographie de
l'Université de Lausanne (IGUL) -
www.unil.ch/igul/
- l'Observatoire universitaire de la Ville
et du Développement durable : www.unil.ch/observatoire-ville/
- INTERREG III, le sous-programme transfrontalier
France/Suisse du bassin lémanique :
www.interreg.ch/ir3reg_rhonalp_f.html
Note : INTERREG III est un "programme
d'initiative communautaire qui renforce
la cohésion économique et
sociale au sein de l'Union européenne
par la promotion de la coopération
transfrontalière, transnationale
et interrégionale ainsi que par la
promotion d'un développement équilibré
du territoire".
- Villes Régions Monde (VRM), réseau
inter universitaire en études urbaines
et régionales : la gestion métropolitaine
en Amérique du nord, survol des expériences
- www.vrm.ca/grim_capsules.asp
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Métropoles
: des "bols" pour l'innovation ? (Richard
Shearmur)
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Cadrage |
Documents, compléments |
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Par
les chemins de l'histoire et de l'économie :
de l'innovation aux milieux innovateurs
Le
concept d'innovation est vaste
et ses emplois se rattachent à des
significations diversifiées, pouvant
aller de l'innovation minimale opérée
par un entrepreneur sur un chantier jusqu'à
une innovation institutionnelle majeure
comme l'avènement de la démocratie.
L'innovation est un terme relatif (on innove
par rapport à quelque chose) et qualitatif
(il existe divers degrés d'innovation,
et ces degrés dépendent en
partie de jugements individuels). Mais la
notion d'innovation reste souvent cantonnée
à son aspect technologique qui ne
tient pas compte du cadre beaucoup plus
large dans lequel l'innovation doit être
comprise.
La plupart
des auteurs (appartenant souvent au champ
de l'économie territoriale et des
théories de la croissance et du développement
: voir bibliographie ci-dessous), qui ont
réfléchi et publié
avant l'avènement des années
1970, de l'Internet, des ordinateurs portatifs,
des téléphones cellulaires,
du télécopieur, s'accordent
pour faire de l'innovation un facteur clé
de la croissance. Ils s'accordent aussi
sur le fait que les institutions, idéologies
et cultures sont à la base des innovations
technologiques. Si une direction causale
devait être identifiée, elle
irait, sur la base de ces auteurs, de la
culture vers l'innovation technologique,
et non l'inverse. Cependant, ils ne font
pas de lien entre innovation et territoire.
Lorsqu’ils parlent de "pays",
ils font plus référence à
des entités avec des cultures et
des institutions homogènes qu’à
des territoires.
Quel
est le rôle précis du "milieu
innovateur" ? C'est en effet
par le biais de milieux liés au territoire
que le lien entre innovation et développement
économique est censé s'effectuer.
En gros,
un milieu innovateur est un ensemble d'acteurs
économiques et institutionnels liés
par une culture commune et qui, par un jeu
de collaboration et de compétition,
parviendraient à maintenir un avantage
compétitif généré
par la synergie du milieu. Cette notion
est souvent rattachée au territoire,
car la proximité physique favoriserait
ces synergies : le milieu innovateur devient
alors une zone géographique dans
laquelle les interactions décrites
ci-dessus auraient lieu.
La plupart
des chercheurs actuels reconnaissent que
Marshall (1890), lorsqu'il décrivait
les districts industriels de l'ère
victorienne, décrivait en somme ce
que l'on appellerait aujourd'hui un milieu
innovateur. Depuis, le lien entre les notions
véhiculées aujourd'hui (importance
de la proximité physique et culturelle,
mobilité de la main-d'œuvre,
transmission du savoir-faire tacite, coopération
compétitive entre intervenants, cadre
institutionnel propice) et celles décrites
par Marshall a pu être clairement
établi.
Cependant, il existe une distinction centrale
entre le monde dans lequel vivait Marshall
et celui dans lequel nous vivons aujourd'hui
: à son époque, la mobilité
des individus et le maintien de réseaux
à distance étaient difficiles.
Le transport de marchandises – surtout
des marchandises intermédiaires –
se faisait plus difficilement et donc, pour
certains secteurs et dans certaines filières,
la proximité géographique,
le réseautage local devaient jouer
un rôle important. Aujourd'hui, le
territoire entre principalement en jeu comme
nœud dans une série de réseaux,
comme lieu de haute accessibilité
aux marchés, à la main-d'œuvre
et aux infrastructures (ces dernières
permettant justement l'accès et le
maintien des réseaux à distance).
Par contre, le réseautage local ne
prime plus nécessairement sur le
réseautage à d'autres échelles,
et la notion de milieu innovateur territorialisé
n'est donc pas généralisable.
Marshall lui-même employait un vocabulaire
révélateur en soulignant l'importance
des "mystères"
d'une filière. Il entendait
par là l'ensemble des connaissances
tacites, des savoir-faire et des institutions
informelles qui liaient les entreprises
œuvrant dans un territoire donné.
Or, à l'origine, ce terme ne comportait
aucune connotation géographique.
Les "mystères" étaient
un ensemble de conventions secrètes
qui permettaient aux membres itinérants
d'une guilde (par exemple celle des francs-maçons)
de se reconnaître. À l'époque
médiévale, où la vérification
des compétences et des qualifications
de travailleurs itinérants était
ardue, il était de toute première
importance de pouvoir reconnaître
la main-d'œuvre qualifiée.
|
Grands
centres d'innovation technologique et
métropoles
En 2000, le magazine Wired a
mené une enquête auprès
des pouvoirs publics, de l’industrie
et des médias afin de localiser
les principaux pôles de la nouvelle
géographie numérique. Chaque
centre s’est vu attribuer une note
de 1 à 4 dans quatre domaines :
la capacité des universités
et des laboratoires de recherche à
former une main-d’œuvre qualifiée
et à développer des technologies
nouvelles, la présence d’entreprises
et de multinationales renommées
fournissant expertise et stabilité
économique, l’esprit d’initiative
de la population pour créer des
entreprises et la disponibilité
de capital-risque permettant aux idées
de se concrétiser. Les 46 grands
centres d’innovation technologique
ainsi identifiés sont représentés
sous forme de cercles sur la carte.

Source : Hillner, 2000
Une version
interactive de cette carte :
www.undp.org/hdr2001/popupmap.html
Qu’est-ce
que le réseautage ?
En France,
le mot "réseautage" est
peu connu. Au Canada / Québec,
il tend à s'imposer pour rendre
compte du terme "networking"
mais il n’en existe pas de définition
figée, il a un sens différent
en fonction des contextes, des usages
et usagers. Le réseautage est le
processus par lequel organismes ou individus
collaborent pour atteindre des objectifs
communs et fonctionnent en synergie de
telle sorte que le résultat de
leurs activités conjointes est
supérieur à la somme des
activités individuelles.
Avantage
compétitif / comparatif
La principale distinction entre "avantage
compétitif" et "avantage
comparatif" est la suivante : un
avantage compétitif est un avantage
qui se crée, qui doit être
maintenu et qui peut s'effriter. La présence
dans un lieu donné d'un système
éducatif particulièrement
performant en est un exemple. Un avantage
comparatif a un caractère plus
absolu et ne dépend pas des institutions
ou des politiques locales : la présence
d'un minerai par exemple. Il est clair
que l'un et l'autre avantage ne demeurent
un avantage que s'il existe une demande
et que ni l'un ni l'autre ne sont pérennes.
En ce moment, il semblerait que les avantages
comparatifs liés à la localisation
et à la ressource s'effritent.
Selon Porter (1990), certaines régions
parviennent à se créer des
avantages compétitifs qui semblent
reposer, de fait, sur les avantages liés
à l'agglomération d'activités
économiques, en particulier l'accès
à la main-d'œuvre, aux marchés
et aux infrastructures.
|
| De
toute évidence, certaines filières
économiques étaient et restent
liées au territoire. Il
serait difficile d'avoir une filière
de la pêche en Abitibi, et la filière
de la coutellerie à Thiers en France
a sans doute bénéficié
de la présence du minerai de fer
ainsi que de la rivière. Mais ces
filières se sont développées
à ces endroits précis non
pas, en premier lieu, à cause de
la présence d'autres acteurs économiques,
mais bien à cause de la présence
de caractéristiques géographiques
propices. Les innovations et la spécialisation
du travail sont venues par la suite. La
notion de "milieu innovateur",
surtout si elle est censée servir
au développement régional,
voudrait que la simple colocalisation d'acteurs
économiques et d'institutions propices
mène, par l'innovation, à
la croissance économique.
Cela dit, on prétend souvent aujourd'hui
que le fonctionnement de l'économie
a profondément changé. La
nouvelle économie fait en sorte que
les leçons tirées de l'histoire
seraient au mieux anecdotiques, au pire
trompeuses. L'avènement des nouvelles
technologies de production et d'information
aurait profondément changé
la manière de fonctionner de l'économie,
et notamment son rapport à l'espace.
Or, sans nier que les choses évoluent,
il n'est pas certain que les différences
avec les exemples historiques soient aussi
profondes qu'on le prétend. Peu
de chercheurs et d'acteurs prétendent
qu'un avantage compétitif peut être
créé ex nihilo : les avantages
compétitifs régionaux sont
bâtis sur des forces régionales.
À Thiers, c'est un avantage compétitif
qui a été créé
sur la base d'un avantage comparatif existant.
C'est le minerai de fer (avantage comparatif
disponible à plusieurs endroits en
France) qui a rendu possible la création
du milieu (avantage compétitif unique).
Mais ce milieu ne serait pas apparu, minerai
ou pas, sans la présence de main-d'œuvre,
d'une situation centrale (l'accès
aux marchés), et de la chance, le
"first mover advantage"
: "avantage du premier" dû,
selon la légende, à l'importation
par des soldats de retour des croisades
du secret de la fabrication, qu'eux-mêmes
avaient recueilli en Orient.
Autrement
dit, il nous est impossible de préciser
avec exactitude les raisons pour lesquelles
la filière de la coutellerie s'est
installée précisément
à Thiers. Mais une fois la filière
établie, il nous est plus facile
de comprendre que la spécialisation
du travail et la croissance de secteurs
connexes (bijoutiers, négociants,
etc.) ait mené à ce que l'on
pourrait appeler un milieu. Scott (1988)
en arrive à des conclusions très
semblables quand il décrit le développement
du secteur de l'aéronautique dans
le comté d'Orange à Los Angeles.
Quels sont
donc les avantages régionaux dans
la nouvelle économie ? Ce sont de
moins en moins des avantages comme la présence
d'un minerai, et de plus en plus ceux tournant
autour de la facilité de communication,
de l'accès aux marchés et
de l'accès à la main-d'œuvre.
C'est dans des régions présentant
de telles caractéristiques, c’est-à-dire
des territoires urbains et métropolitains,
que pourront éventuellement se développer
de tels milieux.
Innovation
et métropoles : le bol ou la pâte
?
Très
récemment, plusieurs chercheurs ont
été interpellés par
ce discours portant sur le lien entre milieux
innovateurs et territoire. Ils ont remis
en question cet attachement territorial
par le biais d'études empiriques
détaillées. Ils mettent en
évidence l'étendue géographique
des réseaux, réseaux qui ne
sont pas limités par la proximité
physique. Les "nouvelles technologies
de l'information et de la communication"
(NTIC), qui facilitent ce réseautage
à distance, ont un effet géographique
paradoxal : elles concentrent l'activité
économique autour des grands centres
métropolitains tout en facilitant
l'identification d'informations et la gestion
de réseaux aspatiaux. D'ailleurs,
certains auteurs parlent de réseaux
de villes, chaque ville se spécialisant
dans une activité et dépendant
des autres. Les réseaux d'entreprises
(comme, par exemple, les réseaux
de la finance) se calqueraient plus sur
le réseau de villes que sur le milieu
local.
Mais ce lien
pourrait n'être qu'apparent. Ce
n'est pas parce que certaines métropoles
accueillent plus d'interactions productives
et innovantes que d'autres que le territoire
métropolitain est la cause de l'innovation.
Cela reviendrait à prétendre
que le bol dans lequel on mélange
la pâte à crêpe est la
"cause" des crêpes. Ce n'est
évidemment pas le cas : ce sont bien
les interactions et les individus qui sont
la "cause" de l'innovation en
métropole, et les interactions entre
les ingrédients qui "causent"
la pâte dans le bol. À la différence
de la pâte à crêpes,
qui a besoin du bol pour qu’aient
lieu les interactions entre les aliments,
les interactions entre individus ont de
moins en moins besoin de s'effectuer à
proximité. La proximité sert
à l'accès aux marchés
(soit ils sont locaux, soit ils sont accessibles
par les réseaux de transport), à
la main-d'œuvre et aux infrastructures,
mais n'est pas nécessaire à
l'innovation. Le face-à-face, qui
demeure très important, s'effectue
lors de colloques, de foires et de voyages.
Ceci se remarque
justement en région. Les entrepreneurs
y sont très innovateurs et mettent
en pratique leurs innovations. Mais ces
innovations, souvent, sont peu ou aucunement
liées au territoire immédiat
dans lequel évoluent les innovateurs.
Cependant, s'ils veulent développer
ou commercialiser leur produit, il leur
est souvent nécessaire d'aller vers
la métropole. Là se trouvent
la finance, la main-d'œuvre, les laboratoires,
les aéroports, les clients permettant
la pleine exploitation de leur innovation.
Encore une fois, il serait fallacieux d'examiner
le résultat final et de prétendre
que ces innovations émanent de la
métropole alors que les premières
idées et applications ont jailli
ailleurs. Il suffit de se souvenir que Bombardier
a commencé ses innovations à
Valcourt et non à Montréal
pour comprendre comment une telle erreur
est facile à faire.
Ces
processus de métropolisation sont
peut-être inéluctables. Les
avantages d'une métropole en matière
d'accès à la main-d'œuvre
et à la clientèle, avantages
de tout premier ordre pour le développement
et la commercialisation d'une innovation,
ne sont pas facilement reproductibles ailleurs.
Mais il ne faut pas confondre l'innovation
en soi, qui peut avoir lieu n'importe où
et qui est issue de la confluence de plusieurs
courants qui ne sont pas nécessairement
liés au territoire, et l'exploitation
de l'innovation qui elle, peut effectivement
mieux se développer dans certains
territoires que dans d'autres. Même
dans les grandes villes, les idées
et les réseaux s'étendent
bien au-delà des frontières
urbaines, et le territoire ne joue peut-être
que le rôle d'un bassin (ou d'un bol
?) de main-d'œuvre, d'infrastructures
et de marchés.
D'après Richard
Shearmur - Professeur-chercheur - INRS
- Urbanisation, Culture et Société
:
- Innovations en région,
développement en métropole
? - Organisations et Territoires, 11.1,
65-74 - 2002
- Le long fleuve tranquille de l'innovation
: métropoles, territoires et milieux
- Actes du congrès de l'Association
des économistes québécois
(ASDEQ) - mai 2001
Consultations : www.inrs-urb.uquebec.ca/default.asp?p=vdp
et
www.asdeq.umontreal.ca/publications/acte2001/act2001_table.html
Avec l'autorisation et la relecture de l'auteur.
Juin
2003
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Pour prolonger, mettre en perspective
La métropole : site stratégique
et nouvelle frontière
"Et de fait, dans un environnement
économique comme le nôtre,
qui se caractérise par une tendance
à la concentration, que ce soit en
termes de contrôle des activités,
de propriété des moyens de
production ou de partage des bénéfices,
la dispersion dans l'espace des activités
économiques, facilitée par
l'essor des technologies de la communication,
se traduit par une forte croissance de toutes
les fonctions centralisées. En effet,
les marchés, qu'ils soient nationaux
ou mondiaux, et de manière générale
toutes les organisations d'envergure mondiale
ont besoin de ces lieux pour que le travail
spécifique qu'implique le processus
de mondialisation puisse s'effectuer. Les
entreprises du secteur de l'information
elles-mêmes ont besoin d'une importante
infrastructure matérielle, notamment
au niveau des nœuds stratégiques
où est concentrée une très
forte quantité d'équipements
; il nous faut donc bien faire la distinction
entre d'une part, la capacité d'avoir
recours à des transmissions de données,
ou à des communications, à
l'échelle planétaire et, d'autre
part, les moyens matériels qui rendent
possible ces communications. En définitive,
même les entreprises les plus en pointe
dans le secteur de l'information ont des
processus de production qui sont, au moins
pour partie, inscrits géographiquement,
y compris lorsque les produits issus de
ces processus sont caractérisés
par leur hypermobilité ; cette inscription
géographique s'explique par la complexité
des combinaisons de ressources que nécessitent
ces processus de production."
Saskia Sassen
- Métropole : site stratégique
et nouvelle frontière - Cultures
et Conflits, n°33-34, 1999. http://conflits.revues.org/article.php3?id_article=207
Les Actes du Festival
International de Géographie (FIG)
2001 de St Dié : Géographie
de l'innovation - Innovation
et systèmes territoriaux de production
- Globalisation, systèmes territoriaux
de production et milieux : http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2001/default.htm
Denis Maillat
(Institut de recherches économiques
et régionales - IRER - Université
de Neuchâtel - Suisse) fait remarquer
de son côté : "Le modèle
d’économie d’archipel
se départit du modèle traditionnel
de centre-périphérie (Veltz,
1996; Rallet, 2000). Schématiquement,
on observe le développement d’un
réseau global composé de
grands centres urbains qui, en plus de
constituer de hauts lieux de la vie politique,
financière et culturelle, tendent
à regrouper un certain nombre de
fonctions tertiaires associées
au processus de production (finance, design,
services juridiques, etc.). Ce phénomène
de regroupement spatial des activités
de services aux entreprises n’est
pas sans conséquences pour les
systèmes territoriaux de production,
qui perdent de ce fait une part de leur
autonomie."
http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2001/maillat/article.htm
Références
bibliographiques
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- Armand Colin - 1979
- Millar W.F., Lee C-M., Hancock M.G.
et Rowen H.S. - Mysteries of the Region
- The Silicon Valley Edge: a Habitat for
Innovation and Entrepreneurship -
Stanford University Press - 2000
- Castells M. - The Rise of the Network
Society - Blackwell - 1996
- Crévoisier O. - Innovation and
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Learning and Regional - 1999
- Malecki E.J. et Oinas P. - Making
Connections: Technological Learning and
Regional Economic Change - Ashgate
- 1999
- Gimpel J. - La Révolution
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Editions du Seuil - 1975
- Graham S. et S.Marvin - Telecommunications
and the City - Routledge - 1996
- Hall P. - 1999 - Cities in Civilzation
- Phoenix Books
- Jerphagnon L. - Histoire de la Rome
Antique : les Armes et les Mots -
Pluriel - 1994
- Maillat D. - Milieux et dynamique
territoriale de l'innovation - Revue
Canadienne des Sciences Régionales
- La nouvelle économie au Québec
- 1992
- Maillat D. et Kébir, L. - Conditions
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des régions: une relecture
- Revue Canadienne des Sciences Régionales
- 2001
- Marshall A. - Principles of Economics
: An Introductory Volume - Macmillan
& Co - 1890
- Mumford L. - The City in History
- Harcourt Brace Jovanovich - 1961
- Perrin J-C. - Pour une Révision
de la Science Régionale : L'approche
par les Milieux - Revue Canadienne
des Sciences Régionales - 1992
- Porter M. - The Competitive Advantage
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- Schumpeter J. - The Theory of Economic
Development - Harvard University
Press (note: first
German edition published in 1911) - 1936
- Sassen S. - Métropole : site
stratégique et nouvelle frontière
- Cultures et Conflits, n°33-34, 1999.
http://conflits.revues.org/article.php3?id_article=207
- Scott A. - New Industrial Spaces
- Pion - 1988
- Sen A. - Development as Freedom
- Random House - 1999
- Solow R. - À contribution to the
Theory of Economic Growth - Quarterly
Journal of Economics - 1956
- Toynbee A. - The Industrial Revolution
- Beacon Press - 1884/1862
Des
ressources pour compléter
- Le Centre "Urbanisation, Culture
et Société" de l'Institut
national de la recherche scientifique (INRS)
au Québec : www.inrs-ucs.uquebec.ca/
- Villes Régions Monde (VRM), réseau
inter universitaire en études urbaines
et régionales :
www.vrm.ca/presentation.asp
- L'Institut de recherches économiques
et régionales (IRER) de l'université
de Neuchâtel (> publications > working papers) : www.unine.ch/irer/welcome.html
- Les actes du Festival International
de Géographie 2001, la géographie
de l'innovation :
http://xxi.ac-reims.fr/fig-st-die/actes/actes_2001/default.htm
- Thiers, 2001, site officiel de la coutellerie, www.coutellerie-thiers.com
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à jour : 01-10-2003
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